HAAJ 2023 : la souffrance !

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La cherté ou le mal du hadj sénégalais réside dans deux options : le mythe des hôtels 5 étoiles saoudiens et la compagnie aérienne saoudienne de transport FlyNass que le Sénégal impose aux pèlerins.

Prenons notre courage et notre responsabilité et accusons l’Etat qui veut encore attribuer le monopole du transport aérien à FlyNass. En effet, le hadj se profile à l’horizon. Et habituellement, le bureau du pèlerinage démarrait ses activités d’enrôlement en temps de ramadan. En cette période, on savait déjà le montant du package dont le gros lot est réservé au billet d’avion. Mais jusqu’à présent, on ignore encore le coût du billet d’avion et le package. L’année dernière, Air Sénégal International, même si elle n’est pas une compagnie performante, avait fixé le transport à 1 million 550 mille Fcfa.

Ce qui fait la cherté du pèlerinage est que le gouvernement a imposé aux privés un cahier de charges sans aucune concertation préalable. Dans ce cahier de charges, il est fait obligation à toute agence de voyage de convoyer la moitié de ses pèlerins par une compagnie aérienne saoudienne, dont la plus active dans le pèlerinage est FlyNass. L’autre moitié du quota étant convoyée par n’importe quelle compagnie aérienne établie à Dakar et qui organise des vols réguliers comme Turkish Airlines, Royal Air Maroc, Ethiopian Airlines, Emirati etc. Ce cahier de charges est injuste. Même si c’est une convention entre les Etats sénégalais et saoudien, c’est également injuste. D’ailleurs, on nous dit qu’il n’y a aucun accord, aucune convention dans ce sens entre les deux Etats.

La preuve est qu’au temps du commissaire au pèlerinage, général Dia, lors d’une réunion en Arabie Saoudite, il avait demandé au ministre saoudien du hadj pourquoi on impose au Sénégal le convoiement de la moitié des pèlerins par une compagnie aérienne saoudienne. Ledit ministre lui avait répondu que ce n’est pas une obligation. Cette année-là, les privés avaient convoyé leurs pèlerins par les compagnies de leur choix.

Hélas, depuis le départ du général Dia et l’installation du délégué général au pèlerinage, le professeur Abdou Aziz Kébé, on impose aux privés de convoyer 50% de leurs quotas par une compagnie aérienne saoudienne.
Pourtant, le gouvernement sénégalais a dit avoir privatisé le hadj. Et qui dit privatisation, dit libéralisation. Or, la libéralisation n’est pas compatible avec le monopole. Le monopole consiste à obliger le convoyeur privé à emprunter telle compagnie aérienne qui peut ne pas être son choix.

En Afrique, seul le Sénégal joue à ce jeu. Par exemple, le Mali, le Tchad, le Niger et même la Gambie qui est à côté de nous, n’ont pas de compagnie aérienne, mais ils ont la liberté de transporter leurs pèlerins par l’une des compagnies régulièrement installées chez eux. Ce sont les compagnies Egypt Airlines, Turkish Airlines, Royal Air Maroc, Ethiopian Airlines, Soudan Airlines, Emirati Airlines etc. qui transportent à 100% les pèlerins maliens, tchadiens, guinéens de Conakry, nigériens et même Gambiens.

Pourquoi les autorités sénégalaises veulent nous faire croire que l’Arabie Saoudite leur a imposé le convoiement de 50% des pèlerins par une compagnie saoudienne qui impose son prix d’avion généralement très élevé, très cher ? Pour baisser le prix du package, donc du prix d’avion, il faudrait nécessairement lancer chaque année un appel d’offres. Les compagnies aériennes soumettent leurs offres et on choisit la plus offrante.

Rien que cette politique mensongère favorise l’économie saoudienne au détriment de celle sénégalaise. Qui ose imposer cela aux pays américains, européens et même l’Iran, qui transportent massivement des pèlerins ? Ces derniers sont transportés par leurs compagnies nationales et privées.

Cette convention entre les deux pays n’existe pas. C’est le Sénégal qui l’a illégalement ajouté au cahier de charges. C’est précisément cela qui justifie la cherté du billet d’avion. Et si le billet est cher, le package est conséquemment élevé. Voilà pourquoi jusqu’à présent, personne ne sait le montant du package du hadj de 2023. Ce qu’on n’ose imposer à aucun pays africain, pourquoi le Sénégal se l’impose-t-il, surtout que ce n’est pas une convention entre deux gouvernements ? C’est ce qu’a semblé dire Me Aïssata Tall Sall, ministre des Affaires Etrangères, en charge du pèlerinage, lors de la rencontre entre les agences privées de voyage à la Mecque et son ministère, récemment au mois de mars 2023.

Un cahier de charges doit faire l’objet d’une discussion avec une préférence nationale. L’année dernière le gouvernement avait fixé le package à 4 millions 540 mille, ajouté à d’autres frais qui tournent autour de 500 mille francs (quittance pour le renouvellement ou l’obtention d’un passeport à 20.000 francs, argent de poche du pèlerin etc.). C’est excessif.

C’est cette cherté qui a permis à certains privés d’exagérer en fixant leur package entre 7 et 8 millions de Fcfa, voire plus, pour un séjour de 21 jours, sous le faux prétexte qu’ils logent leurs pèlerins dans des hôtels 5 étoiles. On n’effectue pas le hadj pour mener la belle vie. Le pèlerinage est un acte de dévotion qui exige une violence sur soi. D’ailleurs, il y a toutes sortes de logements à la Mecque en fonction des bourses.

La preuve, je reviens récemment de la Mecque où j’ai effectué un séjour de 3 mois, mais j’avais logé dans un hôtel sans étoile et près de la kaaba. La chambre individuelle que j’occupais est climatisée, et munie de toilettes intérieures, de réfrigérateur et de chauffe-eau pour le bain. Chaque fois que je quittais mon hôtel pour aller à la kaaba, je marchais vu la proximité avec la kaaba. Donc ne prenons pas le faux prétexte que les hôtels 5 étoiles sont les plus proches de la kaaba. Quand l’Etat du Sénégal a fixé l’année dernière, en 2022, le package à presque 5 millions, il a logé ses pèlerins très loin, les obligeant de prendre le bus pour rallier la kaaba.

En résumé, si le package n’est pas encore disponible, c’est à cause de ce monopole du transport aérien qu’on octroie à FlyNass et à Air Sénégal. L’Arabie Saoudite ne l’a jamais imposé à aucun pays. Nous avons fait une large et profonde enquête dans les pays de la sous-région, au Mali, au Tchad, en Guinée Conakry, en Gambie et au Niger, mais l’Arabie Saoudite n’a jamais imposé à aucun pays de convoyer 50% de ses pèlerins dans une compagnie aérienne saoudienne. Il faut une concurrence saine dans le secteur du transport, ce qui va entrainer plusieurs offres et la baisse du package.

Nous ne saurions terminer cet article sans inviter le nouveau délégué général, Docteur Sarr, pour qu’il assainisse le hadj en faisant une étude sérieuse du nombre pléthorique des agences de voyages, j’allais dire des GIE qui sont, pour la plus part, des prête-noms. Nombreux sont les contractuels de la délégation générale au pèlerinage à avoir des GIE pour convoyer des pèlerins. Ces GIE sont généralement confiées à des parents, conjoints ou enfants. Il faudrait une gouvernance sobre et vertueuse de ladite délégation, car ce n’est pas décent d’être un contractuel de cette structure gouvernementale et d’avoir parallèlement une agence de convoyage de pèlerins, confiée à une tierce personne.

Cheikh Oumar TALL
Directeur du Mensuel « Le Jour – Al Yawmou »

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